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Ethnographie : 10 pc de sang noir dans les gènes des Tunisiens (historien) PDF Imprimer Envoyer

-01042011cotedivoirePlusieurs idées reçues sur les  noirs de Tunisie et leur origine ont volé en éclats lors d'un  séminaire tenu, mardi soir, à la maison Ibn Khaldoun, à Tunis,  à l'initiative de la jeune Association Adam pour l'égalité et  le développement.

La rencontre visait à faire la lumière, notamment, sur la  question du racisme en Tunisie. Le sujet resté tabou sous la  dictature, n'a plus de raison d'être occulté, aujourd'hui,  après la Révolution de la dignité, affirme le président de  l'association, Taoufik Chairi. Il s'agit, selon lui,  d'analyser le phénomène du racisme du point de vue  scientifique afin de contribuer à changer les mentalités, sans  créer pour autant des dissensions ethniques.

Dans sa communication intitulée « les droits des noirs : loi  et réalité », Me Chaouki Tabib, Bâtonnier de l'ordre des  avocats, président de la Ligue tunisienne pour la citoyenneté,  fait remarquer, que la discrimination raciale existe de fait  en Tunisie et qu'il faudrait plusieurs générations pour venir  à bout de ce phénomène.

La Tunisie fut, certes, le premier pays arabe à abolir  l'esclavage, en 1846. Mais, contrairement à ce que l'on peut  penser, cette mesure n'était pas destinée à affranchir les  esclaves noirs, alors très minoritaires dans le pays. Elle  était, plut"t, la conséquence des pressions exercées sur Ahmed  Bey par les gouvernements européens soucieux de protéger leurs  ressortissants contre les attaques des corsaires en  Méditerranée qui réduisaient leur prise (des blancs  essentiellement) en esclavage. Indirectement, les esclaves  noirs en Tunisie ont pu, ainsi, profiter de cette loi. En  pratique, cette mesure a longtemps rencontré des résistances.

De nos jours et en dépit du fait que les lois tunisiennes  garantissent l'égalité entre tous, certaines pratiques  discriminatoires subsistent à l'égard des noirs qui  représentent 10 pc de la population du pays, proportion qui ne  trouve pas son expression dans les nominations aux postes de  décision.

Historiquement, rappelle le chercheur Abdelhamid Larguèche   (université de la Manouba), dans sa communication intitulée  « Etre noir en Tunisie », cette minorité était présente dans  le pays bien avant l'époque romaine, aux temps où le Sahara ne  constituait pas, comme aujourd'hui, un obstacle naturel. Le  brassage des populations d'Afrique sub-saharienne et d'Afrique  du nord avait toujours existé. De ce fait, « 10 pc de sang  noir sont inscrits dans nos gènes », affirme M.Larguèche.

A l'origine, la majorité des esclaves en Tunisie étaient des  blancs, notamment des grecs et des slaves (skalba en dialecte  tunisien, d'où l'appellation esclave). En revanche, les  premiers esclaves noirs dans le pays étaient des prisonniers  de guerres tribales, livrés comme marchandise aux commerçants.

Ils ont servi, dans les villes, comme domestiques chez les  riches familles et, dans les oasis du sud du pays, comme main- d'œuvre agricole (jamais dans l'artisanat).

 

L'abolition de l'esclavage a été acceptée de fait, mais avec  des résistances dans les esprits. Il n'existe pas,  aujourd'hui, de lois, ni d'idéologies racistes en Tunisie,  même si certaines pratiques discriminatoires persistent. Leur  éradication doit se faire par l'éducation et la culture. Dans  les écoles européennes, la notion de race est remise en  question et remplacée par l'identité et la diversité  génétique, fait savoir M. Larguèche.

Sous le titre «  Essai de recherche dans les oasis du  Sud », le sociologue Mohamed Jouili, analyse la situation des  noirs qui cohabitent avec les blancs, à El Menchia, un village  oasien de Souk Lahad (gouvernorat de Kebili).

Dans cette localité, les « esclaves » d'hier sont devenus les  propriétaires d'aujourd'hui, et ont pris leur revanche sur la  vie. Comme quoi, la condition des noirs en Tunisie ne peut  être appréhendée en bloc (dans une vision communautariste aux  contours figés), mais comme un processus individuel en  interaction avec l'environnement.

C'est la première rencontre organisée par l'association Adam  pour l'égalité et le développement. Créée, officiellement, en  mai 2012, celle-ci vise, à travers la formation et la  sensibilisation, à promouvoir la tolérance, à lutter contre la  discrimination et à défendre les droits des minorités.(TAP)

 

 

 

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