Grand Tunis : Lancement d’une enquête auprès de 7000 foyers pour décider de l'avenir de nos transports

C’est une opération d’envergure inédite depuis trois décennies qui a débuté ce 8 janvier 2026 sur le Grand Tunis.  L’Agence d’Urbanisme du Grand Tunis (AUGT), appuyée par la coopération japonaise (JICA), déploie sur le terrain une vaste enquête statistique visant 7 000 ménages.  L’objectif est sans équivoque : combler un vide informationnel datant de 1994 pour restructurer scientifiquement la mobilité d’une métropole de 3 millions d’habitants asphyxiée par la congestion automobile.


 

​Invitée de Zied Mahjoub sur les ondes de RTCI, Mme Jihène Ghiloufi Dahmeni, Ingénieur général et Directrice de la gestion des informations urbaines à l’AUGT, a détaillé les contours de ce projet stratégique qui doit redessiner le visage de la capitale à l’horizon 2040.


 

​La fin d’un aveuglement statistique de 30 ans


 

​Le constat initial posé par l’ingénieur général est celui d’une urgence absolue. 

La dernière grande enquête sur les déplacements dans le Grand Tunis remonte à 1994. 

Depuis, la capitale a navigué à vue, subissant une urbanisation galopante et une explosion démographique sans disposer de boussole statistique actualisée.


 

​« Cette longue absence de données s’explique par la complexité logistique, le manque de ressources financières passées, mais aussi par une prise de conscience tardive : la mobilité n’était jusqu'alors pas perçue comme l'enjeu stratégique crucial qu'elle est aujourd'hui », analyse Mme Ghiloufi.


 

​Entre-temps, la morphologie urbaine a muté. Les pôles générateurs de trafic (universités, centres hospitaliers, zones d'activités) se sont multipliés, rendant les anciens schémas de circulation obsolètes. 

L'absence de coordination institutionnelle a longtemps freiné la mise en œuvre d'une telle étude, qui nécessite une synergie entre le Ministère de l’Équipement, le Ministère du Transport, les municipalités et les gouvernorats.


 

​Méthodologie : Une radiographie exhaustive des flux


 

​L’enquête, qui s’étalera jusqu’au mois de mars 2026 (avec une interruption durant le mois de Ramadan), se distingue par sa rigueur scientifique. 

Supervisée par un comité de pilotage et exécutée par des bureaux d’études spécialisés, elle repose sur un échantillonnage aléatoire fourni par l’Institut National de la Statistique (INS).


 

​Les chiffres clés du dispositif :


 

  • ​Cible : 7 000 ménages répartis sur les quatre gouvernorats du Grand Tunis.

  • ​Périmètre : Tous les membres du foyer âgés de 5 ans et plus.

  • Format : Des entretiens en face-à-face d’environ 30 minutes.

  • ​Contenu : Analyse détaillée des déplacements effectués la veille (motif, mode de transport, itinéraire, temps de parcours, difficultés ressenties).


 

​Mme Ghiloufi insiste sur le volet sécuritaire et la confidentialité « Les enquêteurs sont munis de badges officiels et opèrent en coordination stricte avec les autorités locales. Les données, collectées sur tablettes, sont anonymisées et protégées conformément aux normes en vigueur. »


 

​Du constat au plan d’action : Vers le PDMU 2040


 

​Cette collecte de données ne constitue pas une fin en soi, mais le socle technique indispensable à l’élaboration du Plan Directeur de la Mobilité Urbaine (PDMU). 

Ce document stratégique, recommandé par la Politique Nationale de la Mobilité Urbaine de 2020, doit projeter les besoins de la capitale sur les 15 prochaines années.

​L’approche se veut désormais rationnelle et factuelle. « Il s’agit d’éclairer les décideurs par des faits et des mesures scientifiques, et non par des intuitions », martèle la Directrice de l’AUGT.


 

​Concrètement, les résultats de l’enquête permettront de : 


 

  • ​Anticiper la demande future de transport à l’horizon 2040.

  • ​Évaluer la pertinence des grands projets d’infrastructures (extensions de lignes de métro, réseau ferroviaire rapide - RFR).

  • ​Réorienter les investissements publics vers les zones réellement déficitaires.

  • ​Arbitrer les scénarios d’aménagement du territoire.


 

​L’enjeu sociétal : Sortir du tout-voiture


 

​En filigrane de cette opération technique, c’est un choix de société qui se dessine. 

Le diagnostic actuel révèle une prévalence insoutenable de la voiture particulière, source majeure de congestion, de pollution atmosphérique et de surconsommation énergétique.

​L’objectif affiché par l’AUGT et ses partenaires est de favoriser un report modal vers les transports collectifs et les mobilités douces. « Nous devons construire une vision où la mobilité structure l'urbanisation, et non l'inverse », précise Mme Ghiloufi, soulignant que mobilité et planification urbaine sont indissociables.


 

​Un appel au civisme citoyen


 

​Pour conclure, l’invitée de RTCI a lancé un appel solennel à la population. La fiabilité du futur Plan Directeur dépendra directement de la qualité des réponses fournies par les citoyens.

​« Ce n'est pas un simple exercice technique. En participant, chaque citoyen contribue à refonder les politiques publiques pour un Grand Tunis plus accessible, plus fluide et plus respectueux de l'environnement », a-t-elle conclu.

​Les premiers résultats, attendus dans les mois suivant la fin de l'enquête, devront servir de base à des décisions politiques courageuses pour désamorcer la crise de la mobilité dans la métropole tunisienne.


 

Regarder l’interview intégrale :


 

https://youtu.be/amwODXmN5p4?feature=shared


 

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