Biens confisqués : Kaïs Saïed appelle à une clôture définitive

Plus de quinze ans après la révolution, le dossier des biens confisqués reste enlisé entre lenteurs administratives, dépréciations d’actifs et cessions controversées. Reçu au palais de Carthage, le gouvernement est sommé d’en finir avec ce « système » jugé responsable de la dilution des droits de l’État.
Au palais de Carthage, le chef de l’État a reçu la ministre des Finances, Mechkat Salama Khaldi, et le ministre des Domaines de l’État et des Affaires foncières, Wajdi Hedhili. Au cœur de l’entretien : le dossier des biens confisqués depuis 2011. Kaïs Saïed a estimé que la situation actuelle ne peut plus perdurer, dénonçant un enchevêtrement de structures qui, selon lui, ont contribué à la perte de valeur de nombreux actifs publics.
Un enchevêtrement institutionnel accusé d’avoir dilué les responsabilités
Le président de la République a pointé du doigt les choix opérés depuis la révolution, qu’il considère comme non innocents. À ses yeux, la multiplication des instances chargées du suivi des biens confisqués a eu pour effet de disperser les responsabilités et de retarder la restitution effective des avoirs à l’État.
De la commission de confiscation à celle chargée de la gestion des biens concernés, en passant par la création ultérieure d’un secrétariat permanent, puis d’une structure dédiée à l’agrément, à la liquidation et à la gestion judiciaire, le dispositif institutionnel est jugé trop complexe et peu efficace.
Le chef de l’État a également cité des entités créées pour appuyer cette gestion, telles que la société immobilière de Gammarth ou Al Karama Holding, dont le rôle et les choix passés sont aujourd’hui ouvertement remis en question.
Selon lui, certaines opérations de cession auraient été réalisées à des prix largement inférieurs à la valeur réelle des actifs, parfois après des dégradations « intentionnelles » ayant réduit leur valeur marchande.
Des pertes financières et des dépenses contestées
Kaïs Saïed a également dénoncé les montants importants engagés pour rémunérer les administrateurs et mandataires chargés de la gestion de ces biens, estimant que ces dépenses ont aggravé la situation au lieu de la résoudre. Plusieurs actifs, qu’ils soient immobiliers ou mobiliers, seraient restés à l’abandon, entraînant une dépréciation significative.
Le président considère que ce système, présenté initialement comme un mécanisme légal et protecteur, aurait en réalité permis à des réseaux d’intérêts de tirer profit des failles juridiques mises en place après 2011.
Appel à la révision des cessions et à la clôture du dossier
Le chef de l’État a rappelé avoir, à plusieurs reprises, appelé à la clôture définitive de ce dossier et à la révision de nombreuses opérations de cession. Il a estimé que des « cartels » auraient exploité la complexité du cadre légal pour empêcher l’aboutissement du processus de restitution. Il a insisté sur la nécessité de mettre fin à cette situation, affirmant qu’aucun millime appartenant au peuple tunisien ne peut être abandonné ou prescrit par le temps, rapporte la page Facebook de la Présidence de la République.
Tout en soulignant l’exigence de reddition des comptes, Kaïs Saïed a précisé que l’objectif n’est pas une « chasse aux sorcières ». Il a indiqué que la porte du règlement à l’amiable reste ouverte à toute personne souhaitant engager un processus de réconciliation sincère.
En revanche, ceux qui choisiraient une autre voie devront, selon lui, en assumer pleinement les conséquences, rappelant que « le droit est clair et l’injustice l’est tout autant ».
Le dossier des biens confisqués demeure l’un des symboles les plus sensibles de la période post-2011. Il cristallise à la fois les attentes populaires en matière de justice économique et les critiques sur la gestion administrative de la transition. Les déclarations présidentielles relancent aujourd’hui la pression pour une clarification définitive et une reprise en main politique de ce dossier stratégique.




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