Urbanisme et intempéries en Tunisie : Les enjeux d'une nécessaire refonte du territoire


10 jours après les intempéries records du 20 janvier 2026, le constat est sans appel : une simple averse suffit à paralyser le pays.

Entre quartiers informels submergés et patrimoine menaçant ruine, Ali livre un diagnostic sans concession sur la vulnérabilité structurelle de nos territoires et l'urgence d'un nouveau modèle de planification.

Le Récap de RTCI | VENDREDI 30 JANVIER 2026

​L'image est devenue une triste routine médiatique : des rues transformées en oueds, des maisons envahies par la boue et des infrastructures à bout de souffle.

Pourtant, au-delà du dérèglement climatique, c’est bien la manière dont nous avons « conçu » la ville tunisienne qui est aujourd'hui remise en question.

Pour l’architecte-urbaniste Walid Belhaj Ali, membre de l’Association tunisienne des urbanistes, la Tunisie souffre d’un déficit de résilience profond, né d’un divorce entre l’urbanisation sauvage et la planification étatique.

​Un diagnostic physique et institutionnel : la ville "morcelée"

Dans son intervention ce vendredi, 30 janvier 2026, au micro de Zied Mahjoub, dans “Le Récap de RTCI”, l'expert révèle trois facteurs majeurs expliquant pourquoi nos villes « prennent l'eau » systématiquement :

​L'explosion de l'informel : Aujourd'hui, plus de 40 % de la production de logements en Tunisie est issue de l'habitat informel. Ces quartiers s'implantent souvent sur des zones basses, inondables ou sur le lit naturel d'anciens cours d'eau, sans aucune infrastructure préalable.

​Le changement climatique radical : La Tunisie est l'un des pays les plus touchés du bassin méditerranéen. Les événements extrêmes (pluies décennales ou centennales) ne sont plus des exceptions, mais une nouvelle norme à laquelle nos réseaux de drainage actuels ne sont pas préparés.

​L'absence de vision globale : « On fabrique la ville en collant un bout à côté de l'autre », déplore Walid Belhaj Ali. À Tunis, la fragmentation en 36 communes sans cohérence d'ensemble empêche toute gestion hydraulique efficace.


​Le péril des 5 000 bâtiments menaçant ruine

​Le bilan est alarmant : environ 5.000 bâtiments sont actuellement classés comme menaçant ruine sur l’ensemble du territoire national. 
Ce parc vieillissant, situé principalement dans les centres anciens et les médinas, pose un problème de sécurité publique immédiat.

​La problématique est avant tout socio-économique : De nombreux occupants sont des populations vieillissantes ou vulnérables payant des loyers dérisoires (parfois moins de 90 dinars par mois). 
Face à eux, des propriétaires souvent absents ou incapables de financer des rénovations lourdes dont le coût peut atteindre plusieurs dizaines de milliers de dinars.

​« La priorité absolue est de sauvegarder les vies humaines. Mais on ne résoudra pas le problème par de simples textes de loi ; il faut des projets intégrés qui offrent des alternatives de relogement dignes. » — Walid Belhaj Ali.


​Littoral : Quand la nature reprend ses droits

​Le cas de la falaise de Sidi Bou Saïd ou l'érosion côtière à Hammamet et Djerba illustrent une autre erreur historique : avoir construit trop près des côtes. 
En rompant l'équilibre entre la terre et la mer pour des impératifs esthétiques ou de rentabilité immédiate, l'homme a amplifié les phénomènes naturels d'érosion.
Walid Belhaj Ali préconise une règle simple pour l'avenir : sanctuariser le littoral pour des usages récréatifs et naturels, et reporter systématiquement les infrastructures lourdes vers l'intérieur des terres.

L'inaction : un coût caché exorbitant

​L’un des points clés de l’entretien concerne le financement. Si la planification proactive semble coûteuse au premier abord, elle reste dérisoire face au coût de l’inaction.

​Réparer coûte plus cher que prévenir : Le calcul ne doit plus se limiter à l’investissement initial, mais inclure les coûts cumulés des secours, des reconstructions répétées, des pertes d'énergie et des impacts sur la santé publique.

​Investir dans l'attractivité : Un territoire résilient et bien aménagé valorise l'image de marque du pays, attirant capitaux et touristes.

​Les clés pour un urbanisme résilient :

​Anticiper techniquement : Utiliser la modélisation pour dimensionner les réseaux face aux crues extrêmes.
​Produire du logement social en masse : Offrir une alternative légale et viabilisée pour stopper l'hémorragie de l'informel.
​Passer de la réglementation au "projet" : Ne plus se contenter de lois inappliquées, mais porter une vision politique forte de l'aménagement du territoire.
La Tunisie ne peut plus se permettre de subir chaque hiver les mêmes catastrophes.
Transformer nos laboratoires urbains en moteurs de croissance exige un courage politique : celui de ne plus défier la nature, mais de s'y adapter. 
La résilience de nos villes est désormais une question de souveraineté nationale.

Lien de l’interview :

https://youtu.be/5qcyXzE9hm0?si=VVvfaDd1CVaZbe0p

 

Par Zied Mahjoub
 

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